Enseigner

Découverte du monde avec les grands récits Montessori

Si régulièrement, je me dis qu’il faut que je change de métier (je suis prof. des écoles), que je ne tiendrai pas encore plus de 20 ans ainsi, que je ne supporte plus les lourdeurs administratives, les injonctions diverses et variées qui nous privent de plus en plus de notre liberté pédagogique quand ce n’est pas le système lui-même qui l’empêche, il y a une chose qui constamment me turlupine, oui, oui, me turlupine, c’est pourquoi autant d’élèves s’agitent, perturbent et semblent si peu s’intéresser à ce qu’on leur « propose » d’apprendre : là où j’enseigne (REP+), ceux qui viennent parce qu’ils aiment apprendre, se comptent sur les doigts des mains dans chaque classe. Enfin, c’est en tous les cas, l’impression que j’en ai.

Maîtresse supplémentaire, je n’ai pas de classe au sens élèves : j’interviens dans les classes, en co-animation avec l’enseignant ou je prends des groupes d’élèves, pour les faire travailler, à leur rythme, en lecture et en math dans ma salle de classe (oui, j’ai l’immense privilège d’avoir une salle de classe… avec TBI !). Et puis, pour aider au bon fonctionnement de l’équipe, j’enseigne aussi la découverte du monde à un groupe de CE1… en fin de journée… autant dire, une heure où tout le monde est à bout… Et beaucoup de nos élèves ne supportent pas trop bien le changement de référent : je ne suis pas LEUR maîtresse. Certes, ils me connaissent, et plutôt bien, mais ce n’est pas pareil… Ils testent bien sûr : peut-être que les règles sont plus souples, peut-être que l’on peut faire le clown, s’agiter et perturber le groupe sans que cela n’ait d’incidences sur notre livret de comportement… ils ont beau savoir que non, que les mêmes règles s’appliquent, que l’on communique énormément entre maîtresses, ils n’ont de cesse d’essayer de faire autre chose que de s’engager dans ce qu’on leur propose d’apprendre.

J’ai commencé cette Découverte du Monde classiquement : les jours de la semaine, les mois, les saisons. J’ai tenté quelques exercices en binôme avec des tris de cartes. Je leur ai aussi donné du matériel pour qu’ils puissent refaire individuellement ce que nous avions abordé (l’ordre des mois, etc.) mais voilà, comme il y a 2 ans, cela ne prend pas… enfin, pas comme je le souhaiterais, pas comme je le rêve…

En parallèle, je m’intéresse de plus en plus à la pédagogie Montessori. L’an passé, j’ai bien sûr été subjuguée par le travail mené par Céline Alvarez à Gennevilliers. Cette vidéo allume des étoiles dans mes yeux (et des vidéos, il y a beaucoup d’autres à découvrir sur la chaîne Youtube de Céline Alvarez ou sur le blog La Maternelle des enfants). Alors, j’ai creusé… et je me suis inscrite à un WE de formation pour découvrir l’accueil des 6-12 ans en école Montessori au début des vacances de la Toussaint. Le 2e jour fut consacré à l’Education cosmique… mes recherches ne m’avaient pas encore menée jusque là, et je me demandais bien de quoi nous allions parler…

Si Françoise Néri, directrice de l’école Montessori de Lyon et formatrice, ne nous a pas fait un récit tel qu’il est présenté aux enfants lors des leçons d’éducation cosmique, je suis ressortie de cette séance en me disant que si on m’avait présenté l’histoire, la géographie, les sciences de cette façon, ma curiosité aurait été vivement attisée, particulièrement piquée. L’éducation cosmique telle que définie par Maria Montessori, ce sont 5 grandes leçons, 5 grands récits qui vont ouvrir la voie à l’étude de nombreux thèmes : pour savoir ce que chaque récit induit comme thématiques d’étude, je vous renvoie aux sites Grandir avec Montessori et Education créative. Ainsi le premier grand récit sur l’Univers et la création de la Terre aborde l’astronomie, la météorologie, la chimie, la géologie, la géographie, les sciences physiques.

Je me décidais donc, quitte à ce que cela me prenne quelques séances de découverte du monde, à proposer les 2 premiers récits à mes élèves. Je me suis énormément inspirée du travail fait par Montessori mais pas que et Un petit bout de moi.

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Toucher, soupeser, une pierre volcanique !

J’ai préparé les expériences pour le jour J, travaillé le récit. Il nous aura fallu deux séances pour finir le premier récit. Pas facile de faire profiter 16 élèves des expériences, mais je n’ose imaginer ce que cela aurait donné avec 25 ! L’attention n’est pas toujours au rendez-vous, mais voir la chute vertigineuse du mercure du thermomètre plongé dans le mélange glace + sel, se faire surprendre par le ballon qui éclate au moment du big bang, voir apparaître les balles de ping pong cachées au fond du sable ou pouvoir toucher, soupeser une vraie pierre volcanique après avoir vécu les coulées de « lave » d’un volcan reconstitué suscitent un intérêt plus marqué que d’habitude pour une grande partie des élèves.

Premier récit Montessori origine de la terre

Pour faire le lien entre la première et la deuxième séance, j’ai utilisé le livre numérique créé par Montessori chez moi, que j’ai projeté au TBI. Au cours de cette deuxième séance, les questions commencent à fuser… « mais c’est quand les dinosaures ? »… « Bientôt, bientôt. La semaine prochaine, on commence à parler de l’arrivée de la vie sur Terre ».

Pour le 2e grand récit, qui aborde l’apparition de la vie sur terre et amène à l’étude de la biologie, de la botanique, des écosystèmes, de la préhistoire, de la géologie, de la géographie, je rassemble des fossiles, projette des images et la frise de la vie de Montessori Anonyme, poursuit avec le livre numérique. Je n’entre pas trop dans les détails, mais leur attention est captée. Une frise interactive est également disponible sur le site de l’Inrap.

La semaine suivante, grâce au travail de ma maman et ma soeur, je suis en mesure de leur dérouler 46 mètres de ruban noir pour leur montrer le temps qu’il a fallu à la Terre pour se créer et son si vénérable âge par rapport à notre apparition sur Terre. La séance n’est pas évidente, ils sont très agités… mais à l’occasion, on reprendra peut-être ce long ruban qui nous parle aussi de grandeurs et mesures…

montessori 2e leçon ruban noir

Grande frise chronologique pour le 2e récit, porte-vue contenant les récits et ruban noir…

Globalement, l’expérience est plutôt positive, ne serait-ce que pour moi car je vois mieux comment faire du lien avec le programme imposé… Je m’autorise à partir de notions qui ne sont pas forcément à leur programme mais qui aident justement à mettre du sens… et qui les intéressent (contrairement à une partie du programme…no comment). L’expérience est aussi positive pour une partie des élèves, car je sens un meilleur engagement… reste mon petit tiers de classe résistant, dont l’attitude est cyclique, ces élèves qui peuvent nous faire croire un jour que « ça y est, c’est gagné, ils vont se poser un peu, s’intéresser » et qui met à mal notre espoir le lendemain… Pour ceux là, je sais que le problème n’est pas seulement la façon d’enseigner et ce que l’on enseigne… pour ceux-là, je sais que même s’ils avaient la liberté de choisir le thème qu’ils souhaiteraient approfondir, le chemin serait tortueux… pour ceux-là, je dépense une énergie folle, je me sens tellement démuni-es, je suis en colère car ils empêchent les autres d’apprendre dans des conditions correctes…

Alors, je vais continuer sur mes deux maigres créneaux de 45′, régulièrement amputés de « gestion de mini crises », d’essayer de leur donner envie de découvrir, de retenir, de s’enrichir…

On est reparti de la Terre pour zoomer jusqu’à nous. On remplit progressivement ce support coloré et animé, avant d’aborder la notion de plan, de maquette, du quartier, de l’école, de la classe…

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De « ma planète à moi », en passant par mon continent, mon pays, ma ville, mon quartier, mon immeuble… une présentation colorée animée, qui change de la photocopie… une présentation qui demande beaucoup de découpage…

On a également travaillé sur ce qu’est un être vivant et on suit l’évolution de notre bulbe de Jacinthe avec notre petit dessin hebdomadaire d’observation pour lequel tous les enfants sont motivés (si, si, tous !).

En 2016, on abordera enfin la 3e leçon, celle de l’histoire de l’humanité, à travers le prisme des besoins fondamentaux ! Je dois encore trouver comment la rendre palpitante. Et puis, notre séance de travail sur grandeurs et mesures (je retrouve ces CE1 une fois par semaine pour travailler les grandeurs et mesures…), sera peut-être l’occasion d’entendre le 5e récit sur les mathématiques… ah les mathématiques…il y aurait tant à dire… mais c’est une autre histoire… un autre article… à venir… sans doute !

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2 Comments

  • Reply
    Gwenaelle de Bonviller
    15 décembre 2015 at 11 h 53 min

    Bonjour,
    Votre expérience de classe est très intéressante. Je ne suis pas institutrice (je suis prof de Français pour adultes) mais j’ai moi-même raconté les 2 premiers récits à mes enfants (et je vais continuer !). Je me suis inspirée d’un livre (Les grands Récits, dans la collection Pas à Pas Montessori, édition ecole vivante) où se trouvent les 5 récits, et des exemples d’activités à faire après. C’est vraiment pratique, les récits sont clairs et scientifiquement justes et j’ai pu montrer des photos de planètes, de fossiles, etc. en même temps que je racontais. Dommage que tous les instituteurs ne soient pas comme vous… et espérons que parler de Montessori puisse faire bouger un peu les choses…

    • Reply
      Elsa B
      15 décembre 2015 at 22 h 11 min

      Merci pour votre retour sur cet article et cette expérience et votre adorable message qui me touche et m’encourage. Je connais effectivement la boutique en ligne Pas à Pas, j’ai hésité à commander le livre, mais j’y ai pour l’instant renoncé prise par le temps pour préparer les séances et aussi parce que je ne suis pas sûre d’avoir à nouveau à enseigner la découverte du monde à des élèves l’an prochain vu la nature de mon poste. Mais si c’est le cas, je pense que je vais me faire ce petit plaisir 😉 Quant à la pédagogie Montessori, les expériences menées en maternelle se multiplient… nous commençons à l’évoquer avec certains collègues de la maternelle et même s’il ne sera pas possible de mettre en oeuvre du tout Montessori en raison des contraintes liées notamment à la taille de l’école, aux obligations (récréations, salle d’évolution, etc.) et aux nombres d’intervenants disponibles, l’idée de s’en inspirer pour changer certaines pratiques de classe fait son chemin ! Cross fingers ! Au plaisir

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